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Qu’est-ce qui fait partir les prof·es ? 1. L’affectation des entrant·es dans le métier

L'Education nationale prend l'eau

Qu’est-ce qui pousse les enseignant·es à la démission ? Aujourd’hui, je vous propose de nous pencher sur l’un des nombreux problèmes de la profession : l’affectation des nouveaux·elles enseignant·es.

Le profil des admis·es aux concours externes de 2022 (derniers chiffres disponibles) montre que 18% des candidat·es sont des personnes en reconversion professionnelle. On peut en tirer au moins deux constats.

Enseigner est un métier, pas « une vocation » ou « un sacerdoce »

Le premier constat : le métier d’enseignant·e commence enfin à être considéré comme un métier comme un autre, qui s’apprend, dans lequel on peut se reconvertir. Il possède, comme chaque métier, son référentiel de compétences. Cependant, la formation initiale continue à être fondée presque exclusivement sur les compétences disciplinaires, alors que les compétences métier sont beaucoup plus importantes numériquement et qualitativement. Il y a donc encore une forte inertie liée à une vision académique du métier qui serait une « vocation », voire un « sacerdoce » et consisterait à « transmettre un savoir » plutôt qu’à développer des compétences chez les élèves. Cette vision conservatrice nuit malheureusement à la représentation d’un véritable métier où l’on peut entrer à n’importe quel âge, mais d’où l’on pourrait aussi partir pour se reconvertir à tout moment. Ce qui est loin d’être le cas, j’ai déjà eu l’occasion de développer de nombreuses fois ce sujet.

Les entrant·es dans le métier ne sont plus des jeunes qu’on peut envoyer à 800 km de chez eux

Le deuxième constat est dramatique pour les enseignant·es et pour l’EN en général : avec les 18 % de personnes en reconversion, l’âge moyen des entrants dans le métier est de 30 ans en 2022. Mais surtout, ces chiffres sont en constante augmentation. La part des personnes déjà installées avec conjoint et enfants ne cesse donc de grandir. Il n’est plus possible de gérer les entrant·es dans le métier comme s’ils s’agissaient d’étudiant·es n’ayant pas encore de vie de famille ni de racines. Comment, dans ces conditions, continuer à envoyer les gens à 800 km de chez eux et trouver cela normal ? La question se pose de la même façon d’ailleurs pour les contractuel·les passant les concours internes.

Le récent rapport de la médiatrice de l’Éducation nationale, axé cette année sur le thème des « transitions », rapporte une anecdote malheureusement très banale et que j’entends souvent moi aussi parmi les enseignant·es qui viennent vers moi :

« Lauréate du CAPES éducation musicale et chant choral, Madame X. a sollicité une révision de son affectation pour effectuer son stage. Elle vit à Dunkerque avec son conjoint, sa fille de 10 ans en garde alternée et leur fille de 19 mois. Étant déjà titulaire de la fonction publique territoriale depuis plus de 10 ans en tant que musicienne intervenante puis professeur en école de musique, elle a souhaité passer le CAPES interne afin d’évoluer dans sa carrière professionnelle tout en conservant un équilibre familial. Elle a régulièrement effectué des remplacements en tant qu’enseignante contractuelle et son inspecteur de discipline l’a beaucoup incitée à se présenter au concours en lui assurant qu’elle obtiendrait un poste dans l’académie. Elle est affectée dans l’Académie de Toulouse. Saisie par la médiatrice, la DGRH n’a pas modifié cette décision. Cette affectation étant incompatible avec sa situation familiale, elle a renoncé au bénéfice du concours et « regrette de s’être autant investie dans la préparation d’un concours auquel elle ne se présentera plus jamais. »

Voilà un exemple ordinaire de la maltraitance institutionnelle qui pousse les enseignants à quitter l’EN. À bientôt pour un autre exemple de situation…

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